Camille Fallet
Pour commencer, il me faut raconter un souvenir. Fraîchement admis dans une école d’art à Londres, j’avais pour obligation de suivre une formation accélérée en anglais. Tous les jours d’un mois de septembre radieux, alors que les étudiants n’étaient pas encore rentrés, je rejoignais à vélo l’école, face à Hyde Park, depuis Brixton Hill où je vivais. La ville défilait sous mes yeux, des quartiers les plus modestes du Sud-Ouest au fastueux South Kensington. À cette époque, j’étais totalement absorbé par le travail de Walker Evans, et à Londres j’avais le sentiment très troublant de vivre dans les archétypes architecturaux des bâtiments qu’il avait photographiés à la fin des années vingt sur la côte est des États-Unis. Quinze ans plus tard, en résidence à Glasgow, je fus de nouveau happé par cette beauté victorienne.
Glasgow n’est pas seulement la capitale industrielle de l’Écosse ; elle est une des métropoles où s’est bâti le capitalisme depuis la fin du dix-huitième siècle. Son architecture célèbre une puissance économique et une volonté de conquête semblables à celles des grands empires dont la Grande-Bretagne s’estimait l’héritière. Les constructions en grès rouge et ocre, qu’on retrouve partout, renforcent cette affirmation presque théâtrale d’une unité culturelle, commerciale et politique. Glasgow fut incontestablement une ville magnifique, et les restes de cette splendeur sont encore bien visibles.
Deux années passèrent, Glasgow devint peu à peu le décor de mes pensées et je retournai la photographier en 2019 avec une chambre grand format, en noir et blanc. Je voulais transcrire une ville qui avait commencé à s’appauvrir avant-guerre, s’était effondrée dans les années 1970-1980, mais dont le passé glorieux restait toujours sensible à travers une multitude de signes. Mark Sadler, peintre et poète né à Glasgow, me fit visiter le West End de son enfance en me racontant l’histoire de sa famille. Ses récits in situ produisaient de nouveaux échos avec les images et les connaissances que j’avais accumulées.
Lors de mes journées solitaires de prise de vue, j’avais le sentiment d’halluciner la ville, comme si chaque détail, chaque situation, chaque bâtiment photographiés participaient à la résurrection d’un monde disparu. Tout faisait sens, mon corps n’existait plus, je me déplaçais dans l’histoire, mon esprit flottait parmi les spectres de la ville. Concentré sur les prises de vues, j’avais la sensation d’être porté par une longue histoire de la photographie et d’entendre dans les venelles résonner les pas de Thomas Annan, le grand photographe de Glasgow au dix-neuvième siècle. J’enregistrais mécaniquement tout ce qui arrêtait mon regard, je collectionnais des fragments de réel en projetant leur recomposition sous la forme d’un ensemble, d’une enquête, d’un livre.
L’épidémie se répandant, je ne pus continuer à fantasmer Glasgow autrement qu’à travers des cartes postales montrant la ville au début du vingtième siècle. En collectionnant ces images anciennes avec en tête mes propres photographies, je voyageais encore dans l’espace et le temps. Mais, lorsque je réussis enfin à retourner à Glasgow, la ville me sembla bien plus petite que dans mes souvenirs recolorisés. À moins que, ramenée à son présent, elle ne se soit révélée au contraire trop vaste pour correspondre aux images que je pouvais désormais produire. J’étais devenu l’opérateur d’un projet qui avait déjà trouvé son propre achèvement.
Ce travail ambitionnait de construire par le montage photographique un portrait de Glasgow et de produire des documents poétiques auxquels se référer lorsque les traces de son passé se seront évanouies. La plupart des choses que j’ai photographiées ne possèdent pas vraiment la qualité d’un patrimoine. Elles sont ici idéalisées au point de devenir les motifs constitutifs de Glasgow ; les légendes de ce livret d’exposition en font les emblèmes d’une histoire. Le récit va du centre à la périphérie, mais s’apparente davantage à une divagation qu’à une visite guidée. Cette ville au passé fastueux, qui s’est écroulée et que l’on dit aujourd’hui renaître, aura surtout été la projection de ma propre mélancolie. Le désastre produit par le capitalisme mondialisé est un spectacle effroyable qui m’hypnotise, et c’est à Glasgow, au cœur de ses ruines industrielles, que j’ai finalement choisi de regarder l’herbe pousser.
Renfield Street, Merchant City
Cette grande artère plonge ici vers Central station qui offre une courbe dans le tracé, ce qui contredit le plan en damier de la Merchant city à Glasgow. Nous sommes ici au centre de la ville, tout du moins celle de la fin du 19ème quand elle atteignit son apogée économique. Une des premières informations que je récoltais sur Glasgow concernait le nombre de tournage de film américain qui s’y tenait pour retrouver l’architecture nord américaine des premiers buildings. Effectivment durant mon projet le dernier volet d’Indian Jones se tourna dans St Vincent Street à l’angle de Renfield Street.
Ancien immeuble de commerce, 518 Sauchiehall Street
Sauchiehall Street est une artère historiquement liée au divertissement. Elle comptait plusieurs salles de spectacle et de concert, des cinémas, des restaurants... Cette activité existe toujours et la rue reste très fréquentée, notamment par la population étudiante. L’architecture y est souvent démonstrative. Inauguré en 1903, ce bâtiment situé 518 Sauchiehall Street a été conçu par l’architecte John Keppie pour accueillir le studio de photographie T. & R. Annan & Sons. Il abrite désormais le Royal Highland Fusiliers Museum, dédié à l’histoire d’un célèbre régiment écossais.
« Ca’ d’Oro », au coin de Union Street et de Gordon Street
L’industrie du métal a largement façonné la ville depuis le XIXe siècle. Ce bâtiment, qui possède une charpente en fonte, était à l’origine un entrepôt de meubles sur le toit duquel fut construit un restaurant, aujourd’hui disparu. En partie détruit par un incendie à la fin des années 1980, il fut rénové pour conserver la façade inspirée du palais Ca’ d’Oro à Venise.
Entrée d’une galerie d’art, 134 Blythswood Street
Située à l’angle de Blythswood Street et de Sauchiehall Lane, cette modeste galerie d’art possède une devanture en bois de très belle facture. Son élégance rappelle la prospérité des petits commerces du centre historique au XIXe siècle.
Rosie Gilbertson et son ami, Union Street
Rosie dormait dans le renfoncement de la devanture d’un magasin abandonné. Lorsque je l’ai croisée sur Union Street, au niveau de Central Station, elle s’apprêtait à partir le lendemain chez son frère à Paisley, ville ouvrière à l’ouest de Glasgow, pour essayer d’échapper à la toxicomanie et de changer de vie.
Façade en bois d’une ancienne entrée sur cour, aujourd’hui utilisée comme sortie de secours, Mitchell Street
Comme d’autres rues proches de Central Station, Mitchell Street ne correspond pas à l’organisation en grille urbaine, caractéristique de la Merchant City. Elle s’apparente plutôt à une lane, sorte de voie de desserte à l’intérieur des îlots.
Détritus, sortie de secours d’un grand magasin, Argyle Street
Glasgow reste durement touchée par la pauvreté et les problèmes d’addiction. Le long d’Argyle Street, la mendicité est bien visible. Cette rue commerçante populaire mène vers Trongate, point de jonction entre la Merchant City, centre-ville de Glasgow, et l’East End ouvrier.
Goblet fraichement renversé, Dury Street
Dury street est une petite rue dans lequel se trouve The Horse Shoe un pub extrêmement populaire du Centre. À certaines heures de la journée le pavement ancien de la rue renvoie à l’atmosphère des récit de Dickens, au 19ème siècle, à la ville industrieuse et aux bruits des sabots.
Flaque, Bath Lane
Dans cette ruelle à l’arrière des bâtiments commerciaux le sol se désagrège, le bitume laisse apparaitre les pavés qui se démembre et laissent à leurs tours apparaitre la terre sous la ville. Cet aspect boueux de la ville rappelle la vanité des plus grands de nos édifices.
Caniveau, Trongate
Trongate, une des plus anciennes rues de Glasgow, débute au cœur de la ville médiévale. Elle tirerait son nom d’une poutre de pesée qui marquait au XVIe siècle l’entrée dans la ville. Aujourd’hui Trongate est une artère commerciale vieillissante.
Cafés sous des voies ferrées, King Street
Le rôle joué par le chemin de fer dans le développement de Glasgow est encore très sensible dans la ville, même si de nombreuses gares sont désormais fermées. Les parcelles présentes sous les arches des voies ferrées constituent autant d’opportunités pour des commerces ou des garages. Ces lieux possèdent cette « espèce particulière de poésie silencieuse », dont parlait Walker Evans, qui semble avoir traversé le temps.
Sous les voies de Central Station, Argyle Street
La puissance industrielle passée de Glasgow s’illustre particulièrement dans l’ingénierie des voies suspendues de Central Station. La superposition des espaces de circulation s’accorde à la modernité technique qui a dessiné le centre de la ville.
Sculptures à l’angle de West Regent Street et Renfield Street
En hauteur à l’angle d’un imposant bâtiment victorien de grès rouge, dans l’ombre, coincées entre des colonnes de marbres et d’imposant corbeaux sur lesquels reposent les fenêtres avancées du premier étage, quatre sculptures feminines, deux chaque cotés se faisant face, tiennent chacune une chose dans leurs mains. Celle que nous observons tient un bouquet de fleur, son vis-à-vis un oiseaux aux ailes dépliées, quand aux deux autres et bien je dois confesser être incapable de m’en souvenir. Étrangement c’est aux feux rouges, à l’étage d’un bus de ville qu’il est encore le plus évident d’observer ce qui pourrait presque s’apparenter à des cariatides.
Pilier d’un ancien pont ferroviaire au-dessus de la Clyde, Broomielaw Bridge
En 1990, à l’occasion de « Glasgow capitale européenne de la culture », l’artiste Ian Hamilton Finlay fit graver sur ce pilier une phrase tirée du livre VI de La République de Platon. Sous la citation en grec, on peut lire une traduction en anglais : All greatness stands firm in the storm (« Toute splendeur tient ferme dans la tempête »).
Statue de saint Georges terrassant le dragon, Saint George’s Cross
Sur un parterre coincé entre des rampes d’accès à l’autoroute et la sortie d’une station de métro, se trouve une statue de saint Georges terrassant le dragon. Ornant à l’origine la façade d’un grand bâtiment, elle constitue désormais la seule trace d’un quartier entièrement détruit lors de la construction de l’autoroute M8 qui encercle pour partie la Merchant City.
Monument funéraire de Charles Tennant, Glasgow Necropolis
Charles Tennant est un chimiste et un industriel du début du XIXe siècle. Il construisit un empire familial autour du blanchiment du coton et œuvra au développement du chemin de fer à Glasgow comme moyen de transport des voyageurs et des marchandises.
Highland Light Infantry Memorial, Kelvingrove Park
Dans le parc de Kelvingrove, situé dans le West End, se dresse ce monument vandalisé par des adolescents. Il rend hommage au régiment d’infanterie légère des Highlands qui eut un rôle militaire certain dans la suprématie de l’Empire britannique, à l’image de celui joué par Glasgow sur le plan économique.
Statue de James Watt, George Square
James Watt, ingénieur écossais de la fin du XVIIIe siècle, travailla à améliorer la machine à vapeur. Au moyen de dépôts de brevets, il s’accapara les inventions de certains de ses employés, notamment l’engrenage soleil et planète de William Murdoch, concepteur de la première voiture à vapeur. Glasgow recèle plusieurs monuments célébrant des héros de la révolution industrielle et du capitalisme au Royaume-Uni.
Cadran solaire de Lord Kelvin, université de Glasgow, Kelvingrove
Ce globe portant cinq cadrans solaires est l’une des curiosités de l’université de Glasgow. Sur son piédestal, on peut lire : Horas non numero nisi serenas (« Je ne compte que les heures sans nuages »). Il fut probablement conçu par William Thomson, Lord Kelvin, dont le titre nobiliaire fait référence à la rivière proche de l’université. Lord Kelvin y enseigna de 1846 à 1899 et s’illustra dans pratiquement tous les domaines de la physique. Mort en 1907, il est enterré aux côtés d’Isaac Newton dans l’abbaye de Westminster.
The Elf, Kibble Palace, Botanic Gardens
Cette sculpture en marbre de William Goscombe John est aujourd’hui visible dans la serre victorienne du Kibble Palace au Jardin botanique. Comme le montrent plusieurs cartes postales, elle fut exposée dans la galerie des sculptures de la Kelvingrove Art Gallery and Museum lors de son inauguration en 1901.
Salle de bal du Community Central Hall, Maryhill Road, North Woodside
Cette salle de bal est un vestige du Central Methodist Hall construit par souscription en 1924. Son niveau actuel correspond à celui des balcons de la salle d’origine où, au rez-de-chaussée, des bancs faisaient face à un grand orgue victorien Lewis. Le bâtiment, largement délabré dans les années 1970, fut réhabilité au cours de la décennie suivante. Outre ses deux salles de bal, l’actuel centre socioculturel de Maryhill Road réunit différents services d’aide, un café, des espaces d’activité et de réunion.
Findlay Memorial Church, Clarendon Place, North Woodside
La Findlay Memorial Church est constituée d’une vaste salle de culte pourvue de galeries. David Jack Findlay, prédicateur très populaire, fit bâtir cette église évangéliste au centre d’un îlot d’habitations dont il fut également le promoteur immobilier. On y accède par une entrée étonnamment modeste qui ressemble à celle des bâtiments alentour.
Tenements, Gardner Street, Partickhill
Les immeubles victoriens en grès rouge du West End forment un ensemble architectural unique à Glasgow. Ce quartier cossu surplombait la Clyde, sur les berges de laquelle s’étalait une large partie de l’industrie de la ville. Ce sont aujourd’hui des terrains de choix pour les promoteurs immobiliers qui, en rhabillant la façade de la ville, s’accaparent la vue sur le fleuve.
Intérieur d’une maison à Dowanhill
Avec ses formes végétales et son inspiration médiévale, cette poignée de fenêtre rappelle discrètement le style Art nouveau (Modern Style). L’école de Glasgow fut au centre des Arts and Crafts britanniques. Auteur de bâtiments emblématiques de la ville, l’architecte Charles Rennie Mackintosh est une des figures majeures de ce mouvement.
Vestibule d’une maison, Dowanside Road, Dowanhill
Cette grande et luxueuse demeure, aux formes très épurées, est l’œuvre de l’architecte Alexander Wingate. Après une première maison sur Dowanside Road, il construisit la sienne sur la même parcelle en 1906. Sous-lieutenant au 9e régiment d’infanterie légère des Highlands, Alexander Wingate fut tué au début de la guerre de 1914 - 1918.
Passerelle Saint Andrew, Glasgow Green
Cette passerelle suspendue, datant du milieu du XIXe siècle, permettait de relier les quartiers ouvriers de Calton et de Bridgeton, au nord-est de la Clyde, et le quartier industriel de Hutchesontown, au sud-est. À partir des années 1970, les anciens entrepôts et usines furent remplacés par de grands ensembles d’habitat social.
Passage piéton sous le pont de Kirklee, North Kelvinside
Inauguré en 1900, le pont de Kirklee est tout entier bâti en grès rouge et marbre rose. Enjambant les gorges de la rivière Kelvin, il permit le développement de nouveaux quartiers résidentiels à l’ouest. Un sentier chemine le long de la rivière sur plusieurs kilomètres, offrant un somptueux spectacle naturel en contrebas de la ville. La qualité de cet environnement distingue nettement le West End cossu de l’East End populaire.
Lampadaire-fontaine, Dowanhill Park
Situé au centre de Dowanhill Park, dans le West End, ce lampadaire faisait autrefois usage de fontaine. On trouve encore de nombreux objets et ornements de ce type à Glasgow, souvent offerts par les fonderies pour promouvoir leur savoir-faire.
En hauteur
Un livreur attend devant une ancienne porte d’entrée, le long du pont ferroviaire sur Dumbarton Road, Partick
À Glasgow, la pression foncière a longtemps conduit à mettre à profit le moindre espace disponible. En raison du déclin économique, cet usage tend à disparaître bien qu’on en trouve encore de nombreux exemples dans la ville.
Ancienne entrée de toilettes publiques, Forge Retail Park, Gallowgate, Camalchie
Ces toilettes publiques en sous-sol, construites au début du XXe siècle, témoignent du développement de quartiers très éloignés du centre. Aujourd’hui, le quartier de Camalchie est un assemblage de centres commerciaux et d’entrepôts, voué essentiellement à l’automobile. Non visible sur l’image, une banderole propose ce sous-sol comme une « opportunité commerciale à saisir ».
Restes d’un garde-corps, Victoria Crescent Place, Dowanhill
Ce vestige d’un garde-corps se trouve à l’entrée d’une ruelle qui dessert les cours et jardins de tenements dans le West End. Il montre l’attention portée à ces espaces en arrière des façades, aujourd’hui souvent délaissés.
Tenements, Walmer Crescent, Cessnock Subway Station, Ibrox
Comme d’autres métropoles victoriennes et édouardiennes, Glasgow s’est développée sous la forme d’inner cities, ces « quartiers-villes » reliés par un dense réseau de voies ferrées. Sous le magnifique ensemble d’habitations de Walmer Crescent dessiné par Alexander Thomson dans le style Greek Revival, la station de métro Cessnock fut ouverte en 1896. On peut ici sentir le mélange d’idéalisme et de technicité qui soutenait à cette époque l’aspiration à la modernité urbaine.
Vitrine d’un magasin vide, High Street
High Street, la plus ancienne artère de la ville, relie la cathédrale médiévale à Trongate. Cette longue rue en pente possède encore quelques beaux tenements au rez-de-chaussée desquels de vastes magasins sont éclairés par de hautes vitrines.
Dacia Mini Market, Alliston Street, Govanhill
Govanhill est un quartier de melting-pot. Les différentes communautés qui y habitent proviennent du monde entier. On oublie souvent dans nos représentations des immigrations l’apport des pays d’Europe de l’est. Cette épicerie vend en partie des produits de Russie comme de Roumanie, mais plus étonnant c’est plutôt à travers des marques de grandes consommations que ses propriétaires semblent vouloir communiquer.
Scotstoun Emporium, Dumbarton Road, Whiteinch
Cette quincaillerie très bien achalandée possède une vitrine délicieusement vieillotte où l’on peut y voir des reproduction de cartes postales du début du 20ème siècle. Il y a notamment une photographie montrant un accident de tramway contre la quincaillerie alors sur Scostoun Road, aujourd’hui Dumbarton Road. Sa reproduction sous la forme d’une gravure fit la une de La Domenica del Corriere montre une version particulièrement dramatisé et spectaculaire de cet évènement.
Victoria Road à son extrémité sud, Govanhill
Au sud de la ville, Victoria Road, qui conduit à Queen’s Park, est une artère extrêmement dynamique et populaire. Elle est située au cœur de Govanhill, quartier d’accueil des derniers arrivants, qui subit progressivement les effets de la gentrification.
Sol en pavés de verre, 70 Victoria Road, Govanhill
Ces pavés de verre forment un tapis rectangulaire à l’entrée d’un magasin. Ils permettaient d’apporter de la lumière dans les réserves en sous-sol. Lors de la réfection récente du trottoir, cet élément a été préservé de manière rudimentaire. Je serais curieux de savoir si un tel geste relève d’une décision administrative ou d’un choix personnel.
Joueur d’accordéon sur Byres Road, Hillhead
Byres Road est une des artères les plus vivantes du West End glaswégien où l’on peut facilement imaginer l’atmosphère qui devait y régner au début du XXe siècle. Elle se caractérise par un grand nombre de charity shops, magasins caritatifs de seconde main, qui voisinent avec épiceries fines, cafés branchés et boutiques de créateurs. Ce musicien roumain profite de cette ambiance guillerette pour gagner quelques livres sterling.
Old Lyceum Theatre, Govan Road, Govan
Théâtre transformé d’abord en cinéma puis en salle de bingo, ce bâtiment est actuellement à l’abandon. Il demeure néanmoins un élément de décor et un point de repère dans le quartier de Govan.
Restes d’un pont ferroviaire sur Ford Road, Kelvindale
Cette rue qui mène aux berges de la rivière Kelvin et ce pont largement détruit produisent l’effet d’un décor ravissant. Les ruines sont une composante incontournable du paysage du West End. Si ce lieu n’est pas un artefact, il évoque immédiatement pour moi les Folies Siffait, parc parsemé de ruines artificielles en étages, conçu au début du XIXe siècle sur les coteaux de la Loire.
Visage gravé, sentier le long de la rivière Kelvin, North Kelvinside
La pierre sur laquelle apparaît ce visage énigmatique est maçonnée dans un mur soutenant les coteaux au-dessus du sentier qui longe la Kelvin. Il m’a été désigné comme une curiosité par un piéton sans qui je n’aurais jamais décelé cette petite pierre gravée guère plus grande qu’un livre de poche.
En hauteur
Pigeonniers à l’est de Glenconner Park, Royston
Ces étranges pigeonniers sont situés à l’est de Royston à la lisière du quartier de Barmulloch d’où émergeait la silhouette des Red Road Flats, célèbres tours d’habitation de 89 mètres qui marquaient le nord-est de Glasgow jusqu’à leur démolition en 2015. Aujourd’hui ce quartier ouvrier se trouve à l’écart de la ville, coincé entre autoroutes, routes et voies ferrées. Portraits, portraits-cartes et cartes postales, Glasgow, début du XXe siècle
Certaines des cartes postales ont été produites d’après des photographies de Thomas Annan (1829-1887) par J. M. & Co. dans la série « Caledonia ». Fondateur d’un célèbre studio de photographie, Thomas Annan a notamment documenté, à la demande du City of Glasgow Improvement Trust, les quartiers insalubres où se concentrait une population ouvrière misérable.
Glasgow Bridge (Jamaica Bridge), 2021
Photographie noir et blanc colorisée
En cherchant des documents iconographiques sur Glasgow, je suis tombé à de nombreuses reprises sur des cartes postales du début du 20ème siècle qui avaient pour sujet le pont qui enjambe la Clyde reliant Jamaica Street à Bridge Street. Aujourd’hui ce pont porte le nom de Glasgow Bridge, pourtant il semble qu’il ait eu de multiples appellations tel que Broomielaw Bridge, Telford’s Bridge et de manière plus populaire Jamaica Bridge. La quasi totalité des photographies sont prises en hauteur et regardent le nord de la ville. Deux points de vue, aujourd’hui disparus, diffèrent dans leurs axes, tantôt situé à la droite du pont et tantôt à sa gauche. À une époque où la photographie couleur était encore à ses balbutiements, ces cartes postales en grande majorité ont été colorisées à la main. Souvent une même photographie peut être traitée différemment, elle devient alors une vue de nuit ou encore une vue enneigée, conférant ainsi à la ville un aspect merveilleux. Walker Evans aborde le charme de ces cartes postale dans un texte qu’il lu durant sa conférence du 11 mars 1975 à Yale : « Les cartes postales furent produites en abondance vers 1900-1915, et elles satisfont le désir simple de reconnaitre et de se glorifier. Rendons grâce à la désuétude pour son admirable valeur ajoutée posthume.» Et commentant l’une d’elle il dit alors : « Pouvez-vous imaginer un rassemblement de choses aussi affreuses qui toutes ensemble provoquent comme par enchantement… Eh bien, je ne dirais pas de la beauté, mais une espèce particulière de poésie silencieuse ? »
Visite de Maryhill, 2019.
52 diapositives couleurs, environs 20 minutes.
Récit d’une visite du quartier de Maryhill en compagnie de l’artiste Glaswégien Mark Sadler. Textes de Camille Fallet.
Pilier à l’angle de l’ancien site industriel de Cowlairs Locomotive Works, Inverurie Street, Cowlairs
Ce pilier bornait le site de Cowlairs Locomotive Works. Fondée en 1841, cette entreprise fut la première en Grande-Bretagne à construire des locomotives, des voitures et des wagons dans une même usine. En 1865, Cowlairs fut acquise par la North British Railway, faisant de Springburn un immense centre de fabrication ferroviaire. À la veille de la Première Guerre mondiale, Cowlairs produisait près du quart des locomotives au monde et employait quinze mille personnes.
Colonne et garde-corps, New Stobhill Hospital, Belmont Road, Springburn
Dans le quartier de Springburn, le vieil hôpital de Stobhill est en cours de transformation. Ce garde-corps et cette colonne en bois appartiennent au bâtiment le plus ancien, qui devrait être préservé. Malgré les destructions qu’a connues Glasgow, les traces de son passé glorieux sont encore visibles. Pour l’instant, ils échappent à toute entreprise de muséification.
Château d’eau de l’ancien Ruchill Hospital, Ruchill
L’hôpital de Ruchill était spécialisé dans le traitement des maladies infectieuses. Il fut fermé et vendu à Scottish Enterprise qui, malgré les controverses, finit par détruire ces bâtiments caractéristiques du Neo-Jacobean Style. Seul l’élégant château d’eau, en briques et grès rouges, est appelé à être rénové dans le cadre d’un projet immobilier de grande ampleur.
École abandonnée, Marwick Street, Haghill
Cette école primaire abandonnée résume bien les profondes transformations du quartier de Haghill. Si les rues qui l’entourent restent constituées des tenements contemporains de sa construction, la plus grande partie du quartier a été rasée pour faire place à des logements plus récents.
Bâtiment commercial, Oxford Street, Laurieston
Ce bâtiment des années 1930, auquel fut ajouté un étage en béton, est un ancien entrepôt de draperies qui possède une intéressante corniche d’inspiration égyptienne. Il est l’un des derniers vestiges du quartier de Laurieston, aujourd’hui à l’agonie, où se trouvaient de nombreux entrepôts et bureaux de sociétés marchandes.
Ancien entrepôt de la Clydesdale Paint, Colour and Oil Works, Tradeston Street, Tradeston ` Cet ancien entrepôt d’une usine de peinture se trouve au centre du quartier de Tradeston. Petit à petit, les vestiges du Glasgow industriel disparaissent ou se voient réhabilités en « appartements de standing » dans le cadre de programmes immobiliers.
Ancien central téléphonique, 243 Centre Street, Tradeston
Ce bâtiment en briques et grès rouges abrite aujourd’hui des lieux de stockage et des ateliers d’artistes. Il fait face à un espace resté vacant après la destruction d’entrepôts et de fabriques et servant désormais à différents usages : installation de panneaux publicitaires, parking automobile ou encore dépôt de gravats.
Façade de l’usine G&M Auto Radiator Service, Saint Marnock Street, Bridgeton
Au nord-est du quartier de Bridgeton, l’East End possède une dernière poche industrielle. Celle-ci se réduit comme une peau de chagrin au fur et à mesure que les logiques capitalistes désossent les outils de production de la classe ouvrière.
Anouar Laun, Bridge Street, Laurieston
J’ai rencontré Anouar devant le Café Maeda. Ce bar-restaurant, également salle de jeux et lieu de réunion informel, est fréquenté par des immigrés de culture islamique qui habitent ce quartier en souffrance. Anouar est saoudien, il réside à Glasgow depuis trois ans et se considère comme un homme d’affaires.
Taudis, Saracen Street, Possilpark
Le quartier de Possilpark comptait de nombreuses industries. Emblématique de l’effondrement de Glasgow, il est parsemé de ruines et de friches. À la fin des années 1990, quelques logements y ont été reconstruits sans aucun souci esthétique.
Façade à l’abandon du John’s Bar, Tobago Street, Bridgeton
Fermé au début des années 2000, ce pub fut longtemps connu sous le nom de Lyall’s Bar. William Lyall, qui l’avait acquis en 1923, était une personnalité de Glasgow. Membre de la Glasgow & District Licensed Trade Defence Association, du Royalty Burns Club, de l’Ex-Ploughman’s Association, ainsi que des Ploughing Associations d’Aberdeenshire, Moray et Banffshire, il fut un franc-maçon passionné, fondateur de la loge Abercromby.
Pieds de colonnes recouverts de carrelage, Ashley Street, Woodland
Au sud d’Ashley Street, se trouve une série de maisons jumelles dont le perron est surmonté d’un entablement soutenu par des colonnes d’ordre ionique. Celle-ci a été fortement modifiée, sans doute parce que sa jumelle a été remplacée par un bâtiment plus récent accueillant durant la journée des sans-abris.
Magasin de clés et poste restante Keys Galore, Elizabeth Street, Ibrox
Cette enseigne peinte à la main est traduite en ourdou, en arabe et en chinois. Elle reflète la réalité cosmopolite du Glasgow contemporain et évoque le rôle central que joua la ville dans la construction de l’Empire britannique
Pancarte manuscrite, London Road, Trongate
La partie de Trongate qui ouvre sur l’east-end est largement mité par les bouleversements économiques et urbanistiques de la fin du 20ème siècle. Les interstices qui en découlent permettent à certains de s’essayer à une valorisation foncière minimum à travers des parkings de fortunes.
En hauteur
Pigeonnier disparu à Fielden Place, Camlachie
L’élevage de pigeons est une activité extrêmement populaire dans la culture ouvrière glaswégienne. On peut apercevoir ces pigeonniers nommés dookit ou doocot un peu partout dans les faubourgs et les interstices de la ville. J’ai photographié celui-ci la veille de sa destruction en vue d’un projet immobilier. Il est exemplaire de ce type de construction vernaculaire, faite de tôles et de bois, le plus souvent peinte en vert ou en noir.
Dépôt sauvage au pied des remblais d’une voie ferrée désaffectée, Scotstoun
Le long d’une ancienne voie ferrée, qui sépare le quartier de Scotstoun des anciens docks, a été aménagé une voie cyclable et pédestre. La végétation s’est largement développée sur les remblais, et l’espace libre en contrebas fait l’objet de toutes sortes d’usages. Coincé ici contre les grilles d’un parc de mobil-homes, le sol est jonché de déchets et de matériaux abandonnés.
Martyn Friel, Elrig Road, Cathcart
Elrig Road surplombe une voie ferrée que permet de franchir une belle passerelle piétonne en grès rouge. Alors que je la photographiais, Martyn qui était assis sur les marches est venu à ma rencontre. Il ne m’a pas raconté ce qu’il faisait là, me donnant l’impression de se déplacer, comme un renard errant, dans les interstices de la ville.
Burnhouse Street, Wyndford
Cette rue, ou du moins ce qu’il en reste, à proximité d’Osprey Heights se trouve au coeur d’un ilot d’habitats ouvriers aujourd’hui disparu. Burnhouse Street se terminait sur les Maryhill Public Baths and Washhouses, toujours existant même si les bains publics et les lavoirs ont été transformés en salle de sport. Cette rue se situe à proximité de la série d’écluses du Forth and Clyde Canal qui délimite le nord du quartier de Wyndford.
Bonhill Street, Hamiltonhill
Dans cette partie de Hamiltonhill, qui forme une grande prairie au nord du Forth and Clyde Canal, le plan urbain d’origine reste perceptible par la structure des rues, les éclairages publics et des aires de jeux. Ce quartier relativement cossu se composait principalement d’immeubles des années 1930 qui furent presque tous démolis en 2010. Comme dans les quartiers de Cowlairs et de Possilpark, ces destructions massives furent une des conséquences de la désindustrialisation du nord de Glasgow.
État d’abandon de Byshot Street, Cowlairs
Au nord de Cowlairs Park, des pâtés d’habitations ont entièrement disparu. Il n’en reste que de larges voies utilisées par les promeneurs. La partie la plus élevée du site domine Glasgow, reliant ainsi visuellement Cowlairs au centre-ville. En 2019, un projet de réhabilitation du quartier a été présenté sous le titre séduisant de « Cowlairs, A Growing, Green and Healthy Neighbourhood ».
Rocaille de Springburn Park, Springburn
C’est sur des terrains agricoles proches d’une ancienne carrière que la Glasgow Corporation décida d’aménager ce parc en 1892. Springburn Park fut l’un des plus splendides de Glasgow, et son état d’abandon actuel est assez déprimant, à l’image de la grande serre du jardin d’hiver en ruine. Sa célèbre rocaille fut restaurée il y a quelques années, mais elle demeure peu entretenue. Cette nature artificielle, envahie par la végétation, garde le charme mélancolique d’un décor délaissé.
Mât de vidéosurveillance, Stevenson Street, Bridgetow
Après sa réhabilitation, le quartier de Bridgetown a perdu toutes ses qualités. Les logements ont été reconstruits selon des standards médiocres qui prennent peu en compte la vie des habitants. En revanche, la surveillance de masse ne semble pas une dépense superflue : dans le quartier, les caméras pullulent.
Mât de balançoire, Appleby Street Playground, Hamiltonhill
Récemment, alors que je cherchais le nom exact de ce terrain de jeu, les vues satellites font apparaitre que le quartier est entrain d’être remanié entièrement et ce après quinze années de délaissement. Ainsi les « clairières » de Glasgow disparaissent petit à petit, effaçant à jamais les histoires qui composaient ces lieux.
Toboggan, Braid Square, North Woodside
Ce toboggan en métal galvanisé, pour éviter la corrosion, est difficile à dater. Il s’inscrit en tout cas dans un environnement de refabrication de la ville à la fin des années 1970, marqué par l’emploi du béton comme signe de progrès social.
Fusée d’escalade, Elder Park Playground, Linthouse
Ce jeux d’escalade désuet est un peu à l’image du quartier. Ce grand parc, qui abrite the House for an Art Lover de Rennie Macintosh, est entouré par l’autoroute M8 et surtout de l’autoroute M77 qui le sépare au sud de l’immense parc de Pollok. Ce fut un terrain d’affrontement politique au moment de la construction de celle ci dans les années 90. Ces luttes occasionnèrent les premières occupations d’arbres et la construction d’une sorte de ZAD.
Joseph et Jay, garage Ashwood, Burnbank Terrace, Woodside
Ce garage se situe à la jonction de Burnbank Terrace et de Maryhill Road qui, à cet endroit, garde un certain dynamisme. Sur Google Street View, Joseph et Jay font également une pause à l’entrée du garage, comme j’ai pu le constater en recherchant l’adresse exacte.
Chantier de ravalement, Stanley Street, Kinning Park
Cette usine délabré jouxtait l’église Our Lady and Saint Margaret qui a disparu. Les proportions de son architecture restent impressionnantes et sert de support sur son pignon de panneau publicitaire pour les automobilistes. Située en bordure d’autoroute, cette zone est aujourd’hui mitée de friches, de ruines et de constructions précaires.
Arrière de l’ancien cinéma Old Mecca, Hawthorn Street, Possilpark
L’Old Mecca forme un volume surprenant dans la zone d’activités qui s’étend entre Possilpark et Parkhouse. Juste en face se trouvait la fonderie Saracen. Les destructions qu’a connues le quartier donnent l’impression d’une ville disloquée. Néanmoins, ces espaces, en partie réappropriés, constituent aussi des lieux de déambulation et de rencontres.
Ancien bâtiment du Joanna Dee’s Nightclub, Duke Street, Parkhead
Entre les quartiers de Haghill et Gallowgate, cette ancienne boîte de nuit est devenue un entrepôt. Ses alentours servent de parking lors des matchs qui ont lieu au Celtic Park, tout proche. C’est un bon exemple de l’économie informelle qui occupe les dents creuses de la ville.
Local de supporters des Glasgow Rangers, Sunnylaw Street, Possilpar
Le patriotisme affiché par les supporters des Rangers est lié à une forte identité protestante hostile à l’indépendance de l’Irlande. L’autre club de la ville, le Celtic, est lui traditionnellement soutenu par les catholiques. Cette opposition dans le football traduit un antagonisme historique au sein de la classe ouvrière. Nombreux à Glasgow, depuis la grande famine irlandaise des années 1840, les catholiques ont été longtemps regardés comme des immigrés de l’intérieur et, à ce titre, déconsidérés socialement.
Entrepôt de réparation et de vente de matériel de cuisine usagé, Kinning Park
Cet entrepôt est installé sur une ancienne voie ferrée, sous le viaduc des autoroutes M8 et M74, non loin de Scotland Street. Il montre bien la façon dont l’économie informelle s’approprie les espaces vacants de la ville.
Alex Dunn et David Healy, Duke Street, Parkhead
Alors que j’attendais patiemment une percée de lumière, j’ai rencontré Alex et David. Ils s’occupaient de l’entrepôt de recyclage à l’entrée duquel j’avais installé ma chambre. Cette parcelle se trouve sur le site de Parkhead Works, une forge industrielle, construite à la veille de la Seconde Guerre, qui fut la plus grande du pays. Par la suite spécialisée dans la fabrication d’armes lourdes et de plaques de blindage, Parkhead Works disparut dans les années 2000.
Vue sur la métropole de Glasgow depuis Dunagoil Road, Castlemilk
Castlemilk se situe à l’extrême sud de Glasgow, entre les collines de Cathkin Braes et le bourg de Rutherglen. Ce quartier périphérique a été construit dans les années 1950 pour reloger les habitants des taudis du centre-ville.
Yate Street, Gallowgate
Cet ensemble récent de maisons individuelles est situé à l’extrémité ouest du quartier de Gallowgate. Il s’ouvre sur le lointain quartier de Castelmilk dont on aperçoit les immenses tours d’habitation.
Menock Road, King’s Park
Ce quartier cossu, au sud-est de Mount Florida et de Queen’s Park, est constitué de maisons individuelles en série. Il témoigne de l’installation croissante des classes moyennes à l’écart du centre-ville, à partir des années 1930.
Carntynehall Road, Carntyne
De larges communautés de gens du voyage vivent à Glasgow. À l’est de Parkhead, mais aussi sur de nombreux autres sites, elles habitent des mobil-homes implantés sur des parcelles qui sont le plus souvent entourées de murs.
Vue sur la métropole de Glasgow depuis le cimetière de Sighthill, Springburn
Créé au nord-est de Glasgow en 1840, le cimetière de Sighthill offre de belles perspectives sur la ville. Son apparent abandon marque l’entrée du quartier de Springburn qui subit un certain délabrement.
Château d’eau à l’arrière de maisons en série, Porchester Street, Craigend
Depuis les années 1970 et la reconfiguration de l’espace urbain par les infrastructures autoroutières, plusieurs villes satellites ont été implantées pour reloger la population des quartiers paupérisés de l’East End. Si les promesses d’une vie meilleure ne purent s’y réaliser, depuis quelques années Craigend semble renaître grâce à la promotion immobilière. Désormais, elle répond aux standards contemporains : maisons individuelles et centres commerciaux à proximité.
En hauteur
Passage piéton sur Haghill Road, Haghill
Cet ancien quartier ouvrier, situé dans l’East End, est aujourd’hui une friche à l’intérieur de laquelle subsistent des traces d’infrastructures routières et ferroviaires. Ces espaces abandonnés de la ville font penser à des clairières ouvertes dans une vaste forêt. En arrière-plan, on aperçoit un parc de mobil-homes où vivent des gens du voyage, le stade de football du Celtic et, tout au fond, les tours d’habitation de Castelmilk qui marquent la limite sud de Glasgow.
Chardons pollinisant l’ancien site de la biscuiterie Gray Dunn, Kinning Park
Sur ce terrain vague, des restes d’une biscuiterie industrielle jonchent encore le sol. Ils disparaissent à leur tour, recouverts par la végétation pionnière et rudérale dont le climat humide et doux de Glasgow accroît le développement luxuriant.
Blason de la ville de Glasgow, 1937
Ce blason est extrait de la carte réalisée par Leslie George Bullock pour l’Exposition de l’Empire de 1938 à Glasgow (David Rumsey Historical Map Collection). Les armoiries de la ville font référence aux exploits de Kentigern, également connu sous le nom de « Mungo » (le bien aimé), fondateur et saint patron de Glasgow. Le poisson et l’anneau rappellent ainsi l’histoire de la reine Languoreth. Accusée à tort d’avoir offert une bague à un amant, la reine fit appel au saint pour être disculpée. Mungo ordonna alors qu’on pêchât dans la Clyde un poisson dans les entrailles duquel la bague fut miraculeusement retrouvée. On dit que la devise de la ville, « Que Glasgow prospère », vient d’un de ses sermons.
To begin, I must recount a memory. Freshly admitted to an art school in London, I was required to follow an intensive English language course. Every day of a radiant September, while the students had not yet returned, I would cycle to the school facing Hyde Park from Brixton Hill where I lived. The city unfolded before my eyes, from the most modest neighbourhoods of South-West London to the opulent South Kensington. At the time, I was completely absorbed by the work of Walker Evans, and in London I had the deeply unsettling feeling of living among the architectural archetypes of the buildings he had photographed in the late 1920s along the East Coast of the United States. Fifteen years later, on a residency in Glasgow, I was once again drawn in by that Victorian beauty.
Glasgow is not merely the industrial capital of Scotland; it is one of the metropolises in which capitalism was built from the end of the eighteenth century. Its architecture celebrates an economic power and a will to conquest comparable to those of the great empires of which Great Britain considered itself the heir. The red and ochre sandstone buildings, found throughout the city, reinforce this almost theatrical assertion of cultural, commercial and political unity. Glasgow was unquestionably a magnificent city, and the remnants of that splendour remain plainly visible.
Two years passed, Glasgow gradually became the backdrop of my thoughts, and in 2019 I returned to photograph it with a large-format camera, in black and white. I wanted to capture a city that had begun to grow poorer before the war, had collapsed during the 1970s and 80s, yet whose glorious past remained palpable through a multitude of signs. Mark Sadler, a painter and poet born in Glasgow, took me on a tour of the West End of his childhood, recounting the history of his family. His stories, told on location, produced new resonances with the images and knowledge I had accumulated.
During my solitary days of shooting, I had the feeling of hallucinating the city, as though every detail, every situation, every building I photographed was taking part in the resurrection of a vanished world. Everything made sense, my body ceased to exist, I moved through history, my mind drifting among the city's spectres. Focused on my shots, I had the sensation of being carried along by a long history of photography, and of hearing in the alleyways the echoing footsteps of Thomas Annan, Glasgow's great nineteenth-century photographer. I mechanically recorded everything that caught my eye, collecting fragments of reality while projecting their recomposition into a whole — an investigation, a book.
As the epidemic spread, I could no longer continue to dream of Glasgow except through postcards showing the city in the early twentieth century. Collecting these old images with my own photographs in mind, I was still travelling through space and time. But when I finally managed to return to Glasgow, the city seemed far smaller than in my recoloured memories. Unless, brought back to its present, it had on the contrary revealed itself too vast to correspond to the images I could now produce. I had become the operator of a project that had already found its own completion.
This work aspired to construct, through photographic montage, a portrait of Glasgow and to produce poetic documents to refer back to once the traces of its past have faded away. Most of what I photographed does not truly possess the quality of heritage. Here, these things are idealised to the point of becoming the constituent motifs of Glasgow; the captions in this exhibition booklet make them the emblems of a history. The narrative moves from the centre to the periphery, yet resembles a wandering more than a guided tour. This city with its lavish past — which collapsed and is said today to be reborn — will above all have been the projection of my own melancholy. The disaster wrought by globalised capitalism is a terrifying spectacle that holds me spellbound, and it is in Glasgow, at the heart of its industrial ruins, that I have ultimately chosen to watch the grass grow.